Nous poursuivons le travail d’investigation sur les tribunaux français avec la complicité de Dominique Simonnot qui livre chaque semaine sa chronique judiciaire au Canard Enchaîné : Coups de barre. Avec Une Loterie Nationale, nous présentons le second volet de notre enquête sur la justice en France.
À la fin d’une garde à vue, le prévenu comparaît sur le champ devant le tribunal correctionnel. C’est la comparution immédiate, la C.I. (anciennement « flags »). « Tout est vrai, rien n’est inventé, seuls les noms et prénoms ont été modifiés » dans ce défilé de ceux qui comparaissent : voleurs, agresseurs, époux violents, sans-papiers, dealers, toxicos, cambrioleurs… Ils sont confrontés aux juges, procureurs de la République, avocats de la partie civile, avocats de la défense, greffiers, policiers…
Un seul comédien virtuose et protéiforme, Bruno Ricci, interprète la galerie de portraits. De plaidoiries en réquisitions, de délibérations en déclarations et jusqu’aux coups de marteau, la justice, pressée, débordée, opère. Six mois pour l’un, un sursis pour un autre, quatre ans ou un acquittement, c’est la Loterie nationale. On l’appelle, au sein de la profession, « la justice de l’abattage ». Théâtre de la condition humaine, de ses faiblesses et de ses tragédies, la justice aussi est humaine, donc imparfaite.