Voyager à vélo, c'est répondre à un appel : redevenir nomade et prendre le temps, celui du présent. C'est voir de ses propres yeux ce qui se passe au loin, là-bas, ce qui se passe tous les jours, tous les kilomètres, tous les mètres.
Le vélo est une monture qui vous porte, qu'il faut savoir écouter et soigner ; alors, ensemble sur la route, tout glisse, avec appétit, goulûment vers l'instant d’après. Du nouveau, sans cesse, grisant, à chaque coup de pédales, c’est un film qui défile, dont on est acteur avec le souhait qu'il ne finisse jamais. Pourtant, stoppé chaque jour par le soir, clément, pluvieux ou froid, il faut poser pied à terre. Tout s'arrête, la fatigue vient avec la nuit, mais le sommeil se perd dans une obscurité où grouille une vie invisible et sonore ; un autre monde prend place. Cet appel, j'ai mis vingt ans à y répondre, adolescent, je rêvais de partir en Chine en camion et traverser la Terre.
C'est à vélo que je décide de partir jusqu’au Japon, vingt ans plus tard.
Avant la découverte d'un Japon fantasmé, issu de lectures, de films, de documentaires, il me faudra traverser l'Allemagne en suivant la Moselle et ses vignes renommées, passer à Hambourg la rouge, longer la Baltique où l'on peut pédaler si près de la mer, enfin... jusqu'à la Pologne, où les dunes et les forêts sauvages, hantées par les bunkers, impraticables en vélo, vous mènent à la route et ses villages côtiers transformés en fête foraine. Apparaît alors la lande lituanienne, lettone, ouverte, herbeuse, avec ses maisons de bois peint, Vilnius et sa démocratie artistique d'Uzupi, la Russie sur la M9, unique route de goudron sillonnée de camions de transport, Moscou "la ville des mille et trois clochers et des sept gares" , embarquer dans l’une d’elles dans le Transsibérien, ma monture compactée, pour une immersion de 172 heures à travers l'épaisse taïga russe, jusqu’au bout de la terre, Vladivostok.
Enfin, naviguer en mer du Japon jusqu'à Sakaiminato, première étape d'une flânerie de quatre mois.
L'Australie et la Great Ocean Road clôtureront ce périple de huit mois.
J’espère offrir en partage, ce témoignage simple et sincère, illustré par de nombreuses photographies, en vous racontant la genèse d’un tel voyage, ses temps forts, ses errances et surtout ses émerveillements…