Qui a visité une fois au moins le Musée des Beaux-arts de Nancy se souvient de ce tableau fascinant, ouvrant les collections, à droite en entrant : La Toussaint.
Un mendiant assis, une couverture sur les genoux, présente sa sébile à la porte du cimetière. À droite, tranchant l’air pâle de novembre, une famille vient fleurir ses morts, impeccablement vêtue de noir.
L’enfant, en passant, tend une pièce au mendiant.
Né à Dieuze, en 1863, Emile Friant, après les Beaux-Arts de Nancy, fuit les poses académiques. Il préfère saisir l’instantané. Féru de photographie, il s’inspire de ses cadres et de ses profondeurs de champ. Avant les Surréalistes, il parvient à capter l’étrangeté du réel, qui acquiert, dans son regard, une dimension presque fantastique comme dans Les Amoureux, sur la passerelle métallique, les voiles noirs et la tombe de La Douleur, Le Trimardeur, au bord de son abri sous la pierre.
Il y a la Lorraine, la ville, Nancy, ses alentours, les canaux, les mariniers et les faubourgs, les salons et les boudoirs. Et puis, la guerre. Des gravures, des
estampes, plusieurs vies de peinture, des doutes, des ruptures.
Le Musée ouvre ses réserves et présente les nouvelles oeuvres en sa possession à partir d’octobre 2016. Michel Didym, à douze reprises, lira, au coeur du musée et des tableaux, des extraits du livre de Philippe Claudel, Au revoir, Monsieur Friant.
Un texte passionnant sur la vie de Friant, ses toiles et ses dessins, et ses propres souvenirs d’enfance. Il évoque sa grand-mère éclusière, qui connut le peintre, et se glisse dans une connivence intime avec Friant.